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mercredi 14 novembre 2018

À Henry Miller
16 août 1965
"[...] Bref, il m'a donné un exemplaire du livre de Céline — Comment ça s'appelle? – Voyage au bout de la nuit. maintenant écoutez, la plupart des écrivains me rendent malade. Leurs mots ne touchent même pas le papier. Mais Céline, il m'a donné honte du pauvre écrivain que je suis, j'ai eu envie de tout jeter par la fenêtre. Un foutu maître chuchotant dans ma tête. dieu, l'impression d'être redevenu un petit garçon. Tout ouïe. Entre Céline et Dostoïevski il n'y a rien, si ce n'est Henry Miller. Enfin, passé le vertige qui m'a saisi en découvrant combien j'étais insignifiant, j'ai repris la lecture, et je me suis laissé mener par la main, volontiers. Céline était un philosophe qui savait que la philosophie était vaine ; un queutard qui savait que la baise était du vent ; Céline était un ange, il a craché dans les yeux des anges et puis il est descendu dans la rue. Céline savait tout ; je veux dire il en savait autant qu'il y a à savoir quand on a deux bras, deux pieds, une bite, quelques années à vivre ou moins que ça, mais avant toute chose. bien sûr, il avait une bite. vous saviez ça, il n'écrivait pas comme [Jean] Genet, qui écrit très très bien, qui écrit trop bien, qui écrit si bien qu'il vous fait piquer du nez. [...]"

Charles Bukowski, Sur l'écriture,  traduit par Romain Monnery, Au diable vauvert.

mercredi 3 mai 2017

Un enfant...

" Un enfant doit naître par hasard et non par calcul, par folie et non par subventions. "
Emil Cioran / Armel Guerne, Correspondances 1961-1978.

samedi 29 avril 2017

Les jeunes...

" Ces imbéciles de jeunes ne savent pas ce qui les attend, sans quoi ils se suicideraient en masse. "
Emil CioranArmel Guerne, Correspondances 1961-1978.

lundi 24 avril 2017

" On dira bientôt que l’homme est un animal vacancier (!) plutôt que mortel. "
Emil Cioran / Armel Guerne, Correspondances 1961-1978.

jeudi 30 mars 2017

Méchanceté est Reine...

Copenhague Le Lundi 29 mars 1948,

«[…] Rien à faire avec les éditeurs. Ce sont des commerçants. C’est tout dire. Leur devoir est nous tondre à rien. Les journalistes de nous couvrir de merde. La couverture de fleurs horripile le lecteur. La couverture de merde le fait jouir au sang. Méchanceté est Reine. Haine déesse – Pour ça que ça m’excède qu’on parle ou écrive de moi n’importe où en bien ou en mal. C’est tout kif. Ces réactions sont toujours ignobles et désastreuses. Je préfère qu’on me considère comme mort. C’est déjà beau comme mort d’être moins haï des vivants. Une amie m’écrit que dans «Ici Paris» on a fait passer un écho où je suis paraît-il particulièrement sadique ! «d’après des lettres écrites par moi à des amis» !!! Je ne sais rien de cette saloperie. Moi sadique ? Moi qui me traîne depuis des années dans l’angoisse et la misère et l’ennui et la maladie. Moi dont toute la passion est d’arracher des ¼ de sommeil grâce au véronal… Qui m’en suis toujours tant foutu des turlupinades du sexe ! me voilà sadique ! pas plus qu’alcoolique hélas ! Tous les oublis et griseries me sont bien refusés. Vieux buveur d’eau, vieil emmerdé, naturellement chaste j’ai toujours décrit toutes espèces de dévergonderies pour voir s’en esbaudir les singes humains que je méprise tant ! Comme ils mouillent bichent y croyent les sapajous ! En font-ils des pataquès avec 3 misérables secondes de reproduction ! Comédies et drames et bites partout ! L’immense rigolade ! […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.80-81, ©Gallimard 2009.

mardi 28 mars 2017

Jouer au con avec un Suicidé en puissance...

A William Packard
Fin octobre 1985
«[…] Ce matin, je me suis payé un méchant duel de vitesse avec une espèce de connard sur l’autoroute de Pasadena, ma gueule de bois faisant resurgir instantanément de mes couilles et de ma tête à la François Villon les 3 bouteilles de Beaujolais picolées la veille. Je suis alors monté jusqu’à 140 à l’heure dans le Virage de la Mort, là où la chair humaine et les os sont fréquemment disloqués dans un violent éclair de néant cramoisi, et il a fini par ralentir, passant de la 5e à la 4e tout en faisant des appels de phares en signe d’abandon. Ca leur apprendra à vouloir jouer au con avec un Suicidé en puissance ! […]» p.348

Charles Bukowski, Correspondance 1958-1994, ©Editions Grasset. Trad. M.Hortemel

lundi 27 mars 2017

Nous bétail con...

Klarskovgaard Le 6 avril 1951,

« Ah fiston si tu penses que les éditeurs se fatiguent ! Ils vivent mon pote, c’est-à-dire qu’ils déconnent, bouffent, boivent, ronflent et baisent – et partent en voyages d’affoîres ! rien de plus, tous macs bien fainéants – le cerveau c’est un muscle malheureux – Ca s’atrophie vite et bien. Ils sont tous à zéro du cerveau – absolument incapables de travailler – L’atroce travail – C’est pour nous le travail, nous bétail con. Ils nous attendent.
Ils ont des « idées »… C’est encore un autre énorme genre de macs et bandits et atrophiés. Ces mecs à idéâââs ! les idéistes et les ideaaalistes !
Mais travailler c’est le contraire de vivre. C’est engraisser les macs. Je t’apprends rien – c’est triste – […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.373, ©Gallimard 2009.

vendredi 24 mars 2017

Comme Piaf tire ses chansons...

Meudon, 30 juillet 1952,

«[…] Ce qu’il y a : c’est que les éditeurs ont très bien pris leur parti de la voyoucratie libraire actuelle qui consiste à ne plus «suivre» un livre mais à tirer des «nouveautés» comme Piaf tire ses chansons – on épuise d’un seul service d’office ta nouveauté <2 ou 4 ans de boulot> et toi auteur TU PEUX CREVER…
Le public s’en fout l’éditeur s’en fout ! (plus les comptes d’auteur bien entendu) La qualité ne compte plus – Le libraire passe très très rarement commande – il risque : Aux services d’office il ne risque RIEN – CQFD – C’est pas sorcier […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.420, ©Gallimard 2009.

mercredi 22 mars 2017

Le micro commande...

Meudon 23/4/55,

«[…] Ce qu’il m’a semblé à propos de TSF. c’est qu’elle n’était pas au point, à savoir qu’il est grotesque d’espérer que le bonhomme va se conformer aux exigences de la machine c’est à la machine, putain de foutre sort, à se rendre esclave absolue du mec ! D’où d’ailleurs ce ton sempiternel abominable des émissions ! le micro commande ! le micro pense ! cent mille fois idiot ! […]»



Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.468-469, ©Gallimard 2009.

mardi 28 février 2017

Dans le pif...

Meudon Le Jeudi 25 juin 1953,

« Non J.J. Je ne vadrouille pas, et je ne vais jamais à Paris. Je ne vais que tous les soirs aux « commissions » - c’est un supplice, remonter de Billancourt, les patates, les carottes, la viande des bêtes, 2 Kil en remontée c’est dur, à 60 ans le battant en veut plus. Je réfléchis que je suis le seul de tous les potes et ennemis connus, après tant d’avatars, à m’appuyer ce rabiot d’épreuve. Ils s’arrangent tous en pleurnichant pour ne rien foutre – même les plus miteux, soi-disant. Tu me diras parce que tu es toujours astucieux : tu as en hauteur fraîcheur et somptueuse verdure. Non, j’ai les cheminées Renault dans le pif, dont l’usine des caoutchoucs. […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.441, ©Gallimard 2009.

dimanche 5 février 2017

Ce qui est difficile est emmerdant...

A Gerald Locklin
22 juin 1987
« Eh bien, j’ai toujours préféré la phrase simple et nue parce que j’ai toujours eu le sentiment que la Littérature, celle d’aujourd’hui et celle des siècles passés, était en grande partie truquée, tu vois, comme les combats de catch. Même ceux qui ont duré des siècles (avec quelques exceptions) m’ont donné l’étrange sentiment de m’être fait arnaquer. En fait, j’ai l’impression qu’il serait plus difficile de mentir avec la phrase nue, ça se lit d’ailleurs plus facilement, et ce qui est facile est bon et ce qui est difficile est emmerdant. (Ca m’est resté des usines et de la fréquentation des femmes.)
Ainsi, Fante m’a donné la phrase sensible, Hemingway la phrase qui ne demande rien, Thurber la phrase qui se moque de ce qu’a fait l’esprit qui n’y pouvait rien faire ; Saroyan la phrase qui s’aime elle-même ; Céline la phrase qui coupe la page comme un rasoir ; Sherwood Anderson la phrase qui parle au-delà de la phrase. Je pense leur avoir à tous emprunté quelque chose et je n’ai pas honte de l’admettre. J’espère seulement avoir ajouté mon nom aux leurs, quoi ? Si je savais ce que je fais, je ne pourrais pas aller plus loin. […]» p357-358

Charles Bukowski, Correspondance 1958-1994, ©Editions Grasset. Trad. M.Hortemel

mercredi 4 janvier 2017

Saigne du trou du cul…


A Jon et Louise Webb

10 novembre 1963
«[…] N’ai pas écrit de poèmes ces derniers temps, quoique je pourrais vous en descendre quelques-uns et vous les envoyer avec cette lettre, mais j’en doute : il faut pour ça que je sois seul et la femelle vient juste de rentrer à la maison. […]
Et maintenant elle chante, « Il n’y a pas de Jésus-Christ sur la Croix
et ça nous rend tristes… »
Elle invente tout le temps ce genre de chansons. Vous comprenez maintenant pourquoi je picole ?
Et maintenant elle se met à chanter, « Buk saigne du trou du cul,
Buk saigne du trou du cul,
et personne n’en a rien à
foutre
foutre
foutre… ! »
Vous comprenez maintenant pourquoi je bois ? Hein ? Vous comprenez ? Vous comprenez ?! […]» (Page 70)

Charles Bukowski, Correspondance 1958-1994, ©Editions Grasset. Trad. M.Hortemel