vendredi 24 mars 2017

Comme Piaf tire ses chansons...

Meudon, 30 juillet 1952,

«[…] Ce qu’il y a : c’est que les éditeurs ont très bien pris leur parti de la voyoucratie libraire actuelle qui consiste à ne plus «suivre» un livre mais à tirer des «nouveautés» comme Piaf tire ses chansons – on épuise d’un seul service d’office ta nouveauté <2 ou 4 ans de boulot> et toi auteur TU PEUX CREVER…
Le public s’en fout l’éditeur s’en fout ! (plus les comptes d’auteur bien entendu) La qualité ne compte plus – Le libraire passe très très rarement commande – il risque : Aux services d’office il ne risque RIEN – CQFD – C’est pas sorcier […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.420, ©Gallimard 2009.

jeudi 23 mars 2017

Subir dignement l’humiliation...

Emil Cioran
“ Rater sa vie, c’est accéder à la poésie — sans le support du talent. ”

“ Point de salut, sinon dans l’imitation du silence. Mais notre loquacité est prénatale. Race de phraseurs, de spermatozoïdes verbeux, nous sommes chimiquement liés au Mot. ”

“ Il est incroyable que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie.”

“ La sagesse ? Subir dignement l’humiliation que nous infligent nos trous.

“ Le poète : un malin qui peut se morfondre à plaisir, qui s’acharne aux perplexités, qui s’en procure par tous les moyens. Ensuite, la naïve postérité s’apitoie sur lui… ”

“  Prolixe par essence, la littérature vit de la pléthore des vocables, du cancer du mot. ”

Emil Cioran, Syllogismes de l'amertume, Folio, 1952.
" La vie c’est des répétitions, jusqu’à la mort. "
Louis-Ferdinand Céline, Féerie pour une autre fois.

mercredi 22 mars 2017

Jacques Sternberg (1923-2006)

Jacques Sternberg

Le micro commande...

Meudon 23/4/55,

«[…] Ce qu’il m’a semblé à propos de TSF. c’est qu’elle n’était pas au point, à savoir qu’il est grotesque d’espérer que le bonhomme va se conformer aux exigences de la machine c’est à la machine, putain de foutre sort, à se rendre esclave absolue du mec ! D’où d’ailleurs ce ton sempiternel abominable des émissions ! le micro commande ! le micro pense ! cent mille fois idiot ! […]»



Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.468-469, ©Gallimard 2009.

mardi 21 mars 2017

confession

attendant la mort
comme un chat
qui sautera sur le
lit

je suis si triste pour
ma femme

elle verra ce
corps
raide
blanc

le secouera une fois,
peut-être deux :

« Hank ! »

Hank ne répondra
pas.

ce n’est pas ma mort qui
m’inquiète, c’est ma femme
laissée seule avec cette
pile de
néant.

je veux
qu’elle sache
cependant
que toutes les nuits
passées à dormir
à ses côtés

et même les futiles
disputes
ont toujours été
des splendeurs

et les mots
difficiles
que j’ai toujours eu peur de
prononcer
je peux à présent les
dire :

je
t’aime.

Charles Bukowski, Avec les damnés (Run With The Hunted, 1969~1993) ©Editions Grasset pour la traduction française.