lundi 19 novembre 2018

Chanson d'automne

Paul Verlaine (en train de cuver)
Les sanglots longs
Des violons
  De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
  Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
  Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
  Et je pleure ;

Et je m’en vais
Au vent mauvais
  Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
  Feuille morte.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866.

dimanche 18 novembre 2018

Mon semblable, mon frère...

Parmi les mystères de la nature, l'un de ceux qui m'impressionnent le plus, c'est celui de la greffe. Ce petit rameau, qu'on prélève sur un arbre adulte pour le planter dans la sève d'un arbrisseau qui va développer les caractères de l'arbre « donneur » sans perdre sa propre identité, me trouble. 
Les « greffes » en littérature sont sans doute moins fréquentes qu'en botanique, mais tout aussi capitales. Parfois, un chêne se dresse dans le champ des lettres et se met à fournir des greffons. Louis-Ferdinand Céline est, des arbres-auteurs du vingtième siècle, celui qui aura le plus essaimé. 
Depuis sa fracassante apparition, on n'écrit plus comme avant ; il aura eu sur le « style français » l'impact d'un Picasso sur la peinture. Il a chamboulé non seulement l'expression écrite, mais le langage lui-même. La plupart des littérateurs qui lui ont succédé sont, qu'ils le veuillent ou non, plus ou moins, des « greffés » de Céline si je puis dire et, du manche de leur plume, sort un bourgeon de l'œuvre phénoménale. 
De tous les « greffés » en question, je tiens Alphonse Boudard pour le plus réussi, le mieux accompli des rejets du Voyage et de Mort à crédit

jeudi 15 novembre 2018

Le féminisme a de l'avenir...

Femmes :

«Vous me prenez pour une femme ? avec des opinions ?… Je n’ai pas d’opinions. L’eau n’a pas d’opinions.» (A Elisabeth Porquerol, 29 [juin 1933].)

«Elles sont rares les femmes qui ne sont pas essentiellement vaches ou bonniches – alors, elles sont sorcières et fées.» (A Hindus à propos d’Elizabeth Craig, 10 [septembre 1947 ?].)

«Les femmes ça décline à la cire, ça se gâte, fond, coule, boudine, suinte sous soi ! mutines, à poison, gredinettes, pertes, fibromes, bourrelets, prières. C’est horrible la fin des cierges, des dames aussi.» (Féerie pour une autre fois)

«Une femme qui passe son temps à redouter les grossesses n’est qu’une espèce d’impotente et n’ira jamais bien loin dans la réussite.» (V ,72.)

«Les femmes ont des natures de domestiques.» (V,78.)

«Il faut être gai avec les femmes, tout au moins dans les débuts.» (V ,228.)

«Les femmes sont faites pour souffrir. Masoch est leur Dieu. Si on ne les viole pas, bat pas, cocufie pas, déchire de mille façons elles n’arrêtent pas de pleurnicher. Aussi ont-elles trouvé le moyen d’aller à présent à la guerre et de passer sous les tanks – Chères créatures ! L’emmerdant est leur jalousie.» (A Marie Canavaggia [avril 1947].)

Cité dans Dictionnaire Céline, Philippe Alméras, ©Plon 2004.

mercredi 14 novembre 2018

À Henry Miller
16 août 1965
"[...] Bref, il m'a donné un exemplaire du livre de Céline — Comment ça s'appelle? – Voyage au bout de la nuit. maintenant écoutez, la plupart des écrivains me rendent malade. Leurs mots ne touchent même pas le papier. Mais Céline, il m'a donné honte du pauvre écrivain que je suis, j'ai eu envie de tout jeter par la fenêtre. Un foutu maître chuchotant dans ma tête. dieu, l'impression d'être redevenu un petit garçon. Tout ouïe. Entre Céline et Dostoïevski il n'y a rien, si ce n'est Henry Miller. Enfin, passé le vertige qui m'a saisi en découvrant combien j'étais insignifiant, j'ai repris la lecture, et je me suis laissé mener par la main, volontiers. Céline était un philosophe qui savait que la philosophie était vaine ; un queutard qui savait que la baise était du vent ; Céline était un ange, il a craché dans les yeux des anges et puis il est descendu dans la rue. Céline savait tout ; je veux dire il en savait autant qu'il y a à savoir quand on a deux bras, deux pieds, une bite, quelques années à vivre ou moins que ça, mais avant toute chose. bien sûr, il avait une bite. vous saviez ça, il n'écrivait pas comme [Jean] Genet, qui écrit très très bien, qui écrit trop bien, qui écrit si bien qu'il vous fait piquer du nez. [...]"

Charles Bukowski, Sur l'écriture,  traduit par Romain Monnery, Au diable vauvert.

mardi 13 novembre 2018

Meiko Kaji - Urami Bushi #1


Magnifique chanson... Magnifique voix tout simplement...
Utilisée dans la BO de "Kill Bill 2"...
Mais cette chanson date des années 70...
Meiko Kaji est une actrice japonaise qui joua dans "Scorpion Female Convict Scorpion : Jailhouse 41" et "Lady Snowblood" ; cinéma d'exploitation des années 70 (voir mon Top 100 Films).

lundi 12 novembre 2018

Virginie Despentes traduit la poésie de Bukowski...

Virginie Despentes & Charles Bukowski
"La maison d'édition Au diable vauvert publiera prochainement les deux derniers recueils de poésie encore inédits en français de Charles Bukowski, l'auteur de Pulp et du Journal d'un vieux dégueulasse. Ainsi, Sifting through the Madness for the word, the line, the way, ultime recueil paru en 2009 sera traduit par Virginie Despentes, tandis que Romain Monnery, poète et traducteur du récent Sur l'écriture de Bukowski, se chargera de Storm for the living and the dead, recueil de textes inédits écrits à diverses époques."


Ce n'est pas une nouvelle très fraîche puisqu'elle date du 20/09/2017 ! Plus d'un an ! Et depuis plus rien... Aux dernières nouvelles, elle aurait été retardée par Vernon Subutex...

J'attends la réponse de la maison d'édition depuis plusieurs jours...
Wait & See...

dimanche 11 novembre 2018

Petite liste à Papa Noël...

(c)Reiser
Il s'agit d'une pré-sélection... Il ne me reste plus qu'à choisir... ça va être très difficile...
A suivre... (toutes suggestions sont les bienvenues :D)

Vivre en survivant : Démission, Démerde, Dérive - Jacques Sternberg

1977
2017
Je recopie ici la présentation de l’éditeur qui est, il me semble, une assez bonne entrée en matière: 
« Quand on m’a demandé de définir mon art de vivre, ou plus exactement de mettre le doigt sur ce qui pouvait passer pour mon « plaisir de vivre » je n’ai pas hésité plus d’une minute avant d’opter pour le superflu, l’inutile, le pas rentable, la vraie gratuité. Parce que le superflu m’a toujours paru le sel de la vie et que seuls les charmes de l’inutile peuvent vous aider à supporter les horreurs de l’indispensable quotidien. »
Écrivain prolifique, scénariste, anthologiste, journaliste, navigateur à voile et à solex, fondu de jazz et de dessins, ours acariâtre, dragueur impénitent, Jacques Sternberg (1923-2006) est un des très rares maîtres français de l’humour noir, dans la lignée d’un Bierce ou d’un Cioran.

“Très rares maîtres français de l’humour noir”, pas mal pour un belge !
Car oui, Jacques Sternberg était belge même si il vécut la majeur partie de sa vie à Paris.
Mais qui connaît encore Jacques Sternberg ?
Jacques Sternberg ? C’est qui ? C’est quoi ?
C’est une soixantaine de livres dont plus de 1500 contes (Contes glacés, 188 Contes à régler, Histoires à dormir sans vous, Histoires à mourir de vous, Contes griffus, 300 contes pour solde de tout compte…), seize romans, pièces et essais… ça vous pose un écrivain, si ce n’est un homme !
Pas mal pour quelqu’un qui se définissait volontier comme une flâneur, un dandy un peu glandeur...

samedi 10 novembre 2018

Ils ont osé ! Le remake amerloque de "Suspiria" !

2018 (l'affiche, on dirait un remake de "Ring")
Date de sortie 14 novembre 2018 (2h 32min)

Rien qu'à voir le casting, ça pue déjà ! Même si j'ai un petit faible pour Chloë Grace Moretz...
Dakota Johnson, sérieux !? Elle s'est trompée de film ! C'est pas ici les beaux gosses friqués ! Ni les godes ceintures ! Allo !? Circulez !...

vendredi 9 novembre 2018

Mais tout de même c’était pas "nickel"...

"[…] Mais puisqu’on reparle de ce voyage, puisque le Journal me provoque, il faut bien que je m’explique un peu… que je fournisse quelques détails. Je suis pas allé moi en Russie aux frais de la princesse!… C’est-à-dire ministre, envoyé, pèlerin, cabot, critique d’art, j’ai tout payé de mes clous… de mon petit pognon bien gagné, intégralement : hôtel, taxis, voyage, interprète, popote, boustif… Tout!… J’ai dépensé une fortune en roubles… pour tout voir à mon aise… J’ai pas hésité devant la dépense… Et puis ce sont les Soviets qui me doivent encore du pognon… Qu’on se le dise!… Si cela intéresse des gens. Je leur dois pas un fifrelin!… pas une grâce! pas un café-crème!… J’ai douillé tout, intégralement, tout beaucoup plus cher que n’importe quel "intourist"… J’ai rien accepté. J’ai encore la mentalité d’un ouvrier d’avant guerre… C’est pas mon genre de râler quand je suis en dette quelque part… Mais c’est le contraire justement… c’est toujours moi le créancier… en bonne et due forme… pour mes droits d’auteur… et pas une traduction de faveur… ne confondons pas!… Ils me doivent toujours 2.000 roubles, la somme est là-bas, sur mon compte à leur librairie d’Etat!… J’ai pas envoyé de télégramme, moi, en partant, au grand Lépidaure Staline pour le féliciter, l’étreindre, j’ai pas ronflé en train spécial… J’ai voyagé comme tout le monde, tout de même bien plus librement puisque je payais tout, fur à mesure… De midi jusqu’à minuit, partout je fus accompagné par une interprète (de la police). Je l’ai payée au plein tarif… Elle était d’ailleurs bien gentille, elle s’appelait Nathalie, une très jolie blonde par ma foi, ardentes toute vibrante de Communisme, prosélytique à vous buter, dans les cas d’urgence… Tout à fait sérieuse d’ailleurs… allez pas penser des choses!… et surveillée! nom de Dieu!…
Je créchais à l’Hôtel de l’Europe, deuxième ordre, cafards, scolopendres à tous les étages… Je dis pas ça pour en faire un drame… bien sûr j’ai vu pire… mais tout de même c’était pas "nickel"… et ça coûtait rien que la chambre, en équivalence : deux cent cinquante francs par jour ! Je suis parti aux Soviets, mandaté par aucun journal, aucune firme, aucun parti, aucun éditeur, aucune police, à mes clous intégralement, juste pour la curiosité… Qu’on se le répète !… franc comme l’or !… Nathalie, elle me quittait vers minuit comme ça… Alors j’étais libre… Souvent j’ai tiré des bordées, après son départ, au petit bonheur… J’ai suivi bien des personnes… dans des curieux de coins de la ville… Je suis entré chez bien des gens au petit hasard des étages… tous parfaitement inconnus. Je me suis retrouvé avec mon plan dans des banlieues pas ordinaires… aux petites heures du matin… Personne m’a jamais ramené… Je ne suis pas un petit enfant…J’ai une toute petite habitude de toutes les polices du monde… Il m’étonnerait qu’on m’ait suivi… Je pourrais causer moi aussi, faire l’observateur, le reporter impartial… je pourrais aussi, en bavardant, faire fusiller vingt personnes… Quand je dis : tout est dégueulasse dans ce pays maléfique, on peut me croire sans facture… (aussi vrai que le Colombie a essuyé des petites rafales de mitrailleuses en passant devant Cronstadt, un beau soir de l’été dernier)…
La misère russe que j’ai bien vue, elle est pas imaginable, asiatique, dostoiewskienne, un enfer moisi, harengs-saurs, concombres et délation… Le Russe est un geôlier-né, un Chinois raté, tortionnaire, le Juif l’encadre parfaitement. Rebut d’Asie, rebut d’Afrique… Ils sont faits pour se marier… C’est le plus bel accouplement qui sera sorti des enfers… Je me suis pas gêné pour le dire, après une semaine de promenades j’avais mon opinion bien faite… Nathalie, elle a essayé, c’était son devoir, de me faire revenir sur mes paroles, de m’endoctriner gentiment… et puis elle s’est mise en colère… quand elle a vu la résistance… Ça n’a rien changé du tout… Je l’ai répété à tout le monde, à Leningrad, autour de moi, à tous les Russes qui m’en parlaient, à tous les touristes que c’était un pays atroce, que ça ferait de la peine aux cochons de vivre dans une semblable fiente… Et puis comme ma Nathalie elle me faisait de l’opposition, qu’elle essayait de me convaincre… Alors je l’ai écrit à tout le monde sur des cartes postales pour qu’ils voyent bien à la poste, puisqu’ils sont tellement curieux, de quel bois je me chauffe… Parce que j’avais rien à renier moi !… J’avais pas à mettre des mitaines… Je pense comme je veux, comme je peux… tout haut…
On comprend mon indignation, elle est naturelle, dès qu’on me traite de renégat !… J’aime pas ça… Cet Helsey il gagne son boeuf en salissant les gens de bien… Je l’ai dit à la personne qui m’avait fait lire cet écho… Qu’est ce qu’il est capable de faire d’autre ce plumeux ?… Il déconne aujourd’hui comme ça sur le Communisme… Demain il bavera sur les Douanes… un autre jour sur la Stratosphère. Pourvu qu’il débloque… il s’en fout… C’est un grelot !… pourvu que ça se vende !… C’est toute sa technique… Enfin c’étaient les vacances… alors j’avais des loisirs… Je me dis : "Tiens, je vais les emmerder!" Je saisis ma plume étincelante et j’écris une de ces notes ! au directeur du Journal… qu’était rectificative… je vous le garantis… J’ai attendu l’insertion… J’ai recommencé encore une fois… deux fois… Pas plus de rectification que de beurre en bouteille… C’est la pourriture de la Presse… On vous salit… c’est gratuit… J’aurais pu envoyer l’huissier pour me venger mon honneur !… Il m’aurait dit c’est tant par mot… J’étais encore fait… Ça vaut combien "Renégat" au prix de l’Honneur ?… Si je tuais l’Helsey, au pistolet, c’est encore moi qu’irais en caisse… Et puis il existe peut-être pas le Helsey !… Enfin… de toutes les manières ils ont pas dit la vérité dans le "Journal", journal de Paris… Je suis en compte, c’est un fait… Ils me doivent des plates excuses… C’est pas tellement agréable des excuses de gens comme ça. […]"

Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, 1937.