lundi 11 décembre 2017

L'écorché vif...

Adorateur d'Octave Mirbeau comme d'autres sont adorateurs de Satan, je ne pouvais décemment  pas passer à côté de cette publication qui rend hommage à ce grand écrivain-pamphlétaire pour les 100 ans de sa disparition. (UN siècle déjà !)

Tout d'abord, je ne connaissais pas « Les Editions Libertaires » qui semble associer au mouvement anarchiste. J'ai été agréablement surpris par la qualité de l'ouvrage, à la couverture suffisamment rigide, au papier plutôt épais, à l'iconographie très riche et variée. Pour 15 euros, on en a pour son argent...

Pour le contenu, ce n'est pas vraiment une biographie au sens strict, mais plutôt une promenade - parfois foutraque à l'image de ses collages littéraires – au fil de sa vie, qui resitue un Mirbeau dans le contexte politique de l'époque, que ce soit l'antisémitisme, l’anarchisme ou l'affaire Dreyfus... C'est d'ailleurs l'un des seuls reproches que je fais à ce livre ; il s’appesantit trop longtemps, à mon goût, sur les mouvements anarchistes - même si cela reste très érudit et fort intéressant – et trop peu sur le personnage Mirbeau en comparaison. J'ai eu l'impression de lire parfois un traité sur l’anarchisme... (directive de la maison d'édition ?)

On y découvre, entre autres chose, un Mirbeau sensible, à l'enfance « difficile », très sensible aux femmes de petite vertu, qui fit des choix dramatiques au début de sa carrière ; comme participer à un journal antisémite pour gagner sa croûte... Et qui passa le reste de sa vie à essayer de se racheter. Il deviendra d'ailleurs un Dreyfusard de premier plan. Une sorte de Céline repenti, ce qui explique qu'il est si méconnu et invisible dans les livres scolaires...

En somme, c'est un ouvrage fort agréable à lire, très pointu, où l'auteur se permet parfois une certaine liberté de ton, une familiarité, qui détonne dans ce genre d'ouvrage.

Alain (Georges) Leduc, Octave Mirbeau : le gentleman-vitrioleur : 1848-1917, Les Editions Libertaires, 230 pages.


Souvenez-vous ! Déjà en 1888, au Figaro, il exhortait les électeur à ne pas voter :

samedi 11 novembre 2017

vendredi 3 novembre 2017

Tranquille... en slip...

Jack London à gauche (left).

Féerie pour une autre fois I & II

Présentation de l’éditeur :
“ Voici Clémence Arlon. Nous avons le même âge, à peu près… Quelle drôle de visite ! En ce moment… Non, ce n’est pas drôle… Elle est venue malgré les alertes, les pannes de métro, les rues barrées… et de si loin !… de Vanves… Clémence vient presque jamais me voir… son mari non plus, Marcel… elle est pas venue seule, son fils l’accompagne, Pierre… Elle est assise, là, devant ma table, son fils reste debout, le dos au mur. Il préfère me regarder de biais. C’est une visite embarassée… ”
Dans ce roman publié en 1952 par Gallimard, Louis-Ferdinand Céline retrace les tout derniers mois de l’occupation allemande en France et sa terrible détention au Danemark.

Une "critique" (un peu datée)...
Ce livre se décompose en 2 parties. Dans la première, Féerie pour une autre fois I, Céline expose son isolement dans sa prison au Danemark,  sa solitude, sa maladie « du cul », les problèmes avec ses « co-détenus », les « hurleurs » qui l’empêchent de se reposer. Tout cela entrecoupé de ses hallucinations, de sa paranoïa galopante, de ses délires de persécutions habituels. Puis suit une description de l’ambiance de la Butte Montmartre des années 40 avec sa rencontre avec Jules (inspiré par Gen Paul), personnage haut en couleur, artiste peintre/sculpteur « obsédé » par la gente féminine, complètement « halluciné » par Céline. 
Dans la seconde partie, Féerie pour une autre fois II (ou Normance), le « scénario » tient sur un timbre-poste : Paris subi un bombardement en 44, Paris est à feu et à sang, l’immeuble, où se trouve Céline, Lili sa femme et le chat Bébert, menace de s’effondrer d’une minute à l’autre ; ils essayent d’en sortir avec les autres habitants (en descendant l’escalier). Cette seule nuit de bombardement est décrite sur près de 400 pages ; l’action quasiment nulle est soutenue par les délires, les hallucinations, les exagérations et le style de Céline. J’avais toujours lu que c’était (Normance) le livre le plus difficile à lire de Céline (car soutenu QUE par le style) ; eh bien, j’ai englouti sans trop de difficulté ces 400 pages de purs délires céliniens, mais ai moins aimé la première partie (Féerie pour une autre fois I), que j’ai trouvé bizarrement plus confuse. Roman(s) pour célinien (« célinophile » ?!) averti !
A noter : Emile Brami défend la « thèse » que les jurons du Capitaine Haddock (Céline, Hergé et l’affaire Haddock, Éditions Écriture) serraient inspirés des insultes de Céline, serraient d’origine célinienne ; en lisant Féerie, il est très facile de trouver cela pertinent…

«[…] Il [Marc Empième] est bien plus malade que moi et il produit comme un Homère ! Moi mes maux de tête, mes insomnies me sonnent, annihilent, lui moins il dort plus il chef-d’œuvre ! […]» p.42

« La vie c’est des répétitions, jusqu’à la mort » p.48

«[…] Vous me faites chier avec Brasillach ! Il a pas eu le temps de s’enrhumer, ils l’ont fusillé à chaud ! […]» p.76

« L’histoire c’est la mémoire des faits ! » p.77

«[…] la rose est bien la fleur suprême… corbeilles, cinq à sept, couronnes, vous y coupez pas !… du berceau au Profundis la rose répond du Ciel pour vous… C’est pas à discuter, mignards, grelotteux, momies !… où y a les plus belles roses on va, on vient, on aime, on défunt… […]» p.87

«[…]
- Oh, cancer ! cancer !
Ils voulaient m’éprouver le moral !
Ni une ni deux ! mon doigt dans le cul ! je prélève ! je leur en barbouille le nez !
- Cancer ça ? polissons ! ânons ! l’odeur ? l’odeur ? sui generis ? pellagre ! corniflots ! pellagre !
Voilà l’enseignement ! » p.102

«[…] c’est des filigranes la vie, ce qu’est écrit net c’est pas grand-chose, c’est la transparence qui compte… la dentelle du Temps comme on dit… la « blonde » en somme, la blonde vous savez ? dentelle fine si fine ! au fuseau, si sensible, vous y touchez, arrachez tout !… pas réparable… la jeunesse voilà !… myosotis, géraniums, un banc, c’est fini… envolez piafs !… dentelle si fine… » p.113

«[…] le Cinéma ? (…) Tout-film  achève ! Cerveaux, porte-monnaie !… L’hypnotiseur des cavernes !… tiédeur, moiteur, peluche, branlette, orgues, ors !… La concurrence ! Vous, votre pensum, vous arrivez ! bonne mine ! Regardez clients et clientes emmoités, émerger chancelants blets des Antres, plus reconnaissant nord de sud ! de l’ouest ! se trompant de tout !… réverbères !… métros !… pantalons, jupons !…. tâtonnant ! quartiers !… sexes !… étages !… la tête pour leur derrière !… ils veulent plus que retourner s’asseoir… Ah ! mûrir encore ! bléchir plus ! blets, plus blets !… s’oublier sous eux… mûrir ! fondre… ils coulent déjà  plein les tapis… […]» p.118

«[…] l’âme humaine est pleine de poisons mal distillés… d’où toutes ces pensées encrassées… […]» p.223

«[…] C’est la vie un jus d’orange quand vous pesez plus trente kilos ! […]» p.224-225

«[…] Quand je me finirai je vais vous dire : c’est en pensant aux animaux, pas aux hommes ! (…) Je veux pas que la mort me vienne des hommes, ils mentent trop ! ils me donneraient pas l’Infini ! » p.226-227

« Je récapitule… je condense… c’est le style Digest… les gens ont que le temps de lire trente pages… il paraît ! au plus !… c’est l’exigence ! ils déconnent seize heures sur vingt-quatre, ils dorment, ils coïtent le reste, comment auraient-ils le temps de lire cent pages ? et de faire caca, j’oublie ! en plus ! […]» p.229

«[…] les touristes voient rien… croient rien… pensent rien… Ils descendent des autocars ils boivent ils remontent… « Au revoir ! monsieur ! » Les femmes qu’on viole agoniques enchaînées ligotées, les touristes les voient jamais !… C’est pourtant trois mille ans d’Histoire !… C’est un paradis le Tourisme !… » p.235

«[…] y a un paradis pour charognes aussi bien sur la terre qu’au ciel… ça meurt pas vraiment la voyoute, la saloperie, la vraie abjecte, ça passe d’un paradis à l’autre, avec fortune, boniches, autos… ça prend juste son joli billet, et youst ! absolutionnée et salut ! Ça vous chie les doigts !… c’est né pour couper aux Enfers, celui de ce monde, celui d’après… ça fait que jouir et pleurnicher… tout afur ! jamais paumé !… à la  vôtre ! bonne vôtre ! sans rancune ! on comprend trop tard… […]» p.297

«[…] question des hommes et des femmes y a que les malades qui m’intéressent… les autres, debout, ils sont tout vices et méchancetés… je fous pas mon nez dans leurs manèges… la preuve : comme ils arrangent leur cirque que c’est plus habitable, vivable, par terre, en l’air, ou dans le couloir ! encore en plus qu’ils parlent d’amour, en vers, en prose, et en musique, qu’ils arrêtent pas ! culot ! et qu’ils engendrent ! acharnés fournisseurs d’Enfer ! et péroreurs ! et que ça finit pas de promettre !… et que ça s’enorgueillit du tout ! et bave et pavane ! Y a que couchés, crevants et malades qu’ils perdent un peu leur vice d’être hommes, qu’ils redeviennent pauvres animaux, qu’ils sont possibles à approcher… […]» p.309-310

« C’est le Devoir la boussole de l’homme ! qui l’empêche de déconner… […]» p.343

« Quand on se retrouvera tous dans le trou, dans le fond d’un vide, avec des pieds dépareillés, les têtes des uns, les burnes des autres, que la Butte sera en creux de cratère… tous sous l’effondrement du Tertre, alors y aura plus d’histoires, on verra qui c’est planqué, qu’a eu des réserves de tomates, d’ananas, de gniole, d’anisette, et la peau de Bébert !  (…) l’amour et l’horreur c’est pareil… un point ça va… ça dure, c’est trop !… […]» p.403

«[…] Le monde est une boule à mirages qui dansotte sur la mauvaise foi, comme l’œuf à la foire, au tir… pensez si c’est le système fragile ! s’il faut prendre tel jet… pas tel autre ! y a mauvaise foi et mauvaise foi ! […]» p.405

« J’accepte vos critiques, vos insultes, mais à la condition expresse que vous soyez pas de ces gens qu’empruntent, resquillent, parpillent les livres ! peste de l’espèce ! si vous l’avez foiredempoigné au « prêtez-le-moi-je-vous-le-rendrai » ça serait mieux de vous taire… bien sûr, les mœurs sont avec vous !…on peut affirmer tranquillement qu’un livre ça s’achète plus, ça se vole… c’est même une sorte de « point d’honneur » de plus jamais acheter un livre. Pas un sur vingt qui vous a lu qui vous a payé ! c’est pas triste ? allez demander question jambon si une tranche peut faire vingt personnes ? si un fauteuil au cinéma tient quarante fesses ?… bonjour à vous, pauvre pillé ! écrivaineux ! encore le pire du pire peut-être c’est le mépris qu’ils ont que c’est gratuit !… la façon qu’ils abîment votre œuvre, la détestent, s’en torchent, comprennent balle, sautent fourguer ce qu’il en reste au Quai… vous me direz : y a un remède ! y a qu’à noyer les prêteurs ! emprunteurs avec ! que ceux qu’ont douillé grimacent !… soit ! l’épicier trouve tout naturel qu’on lui chine un peu son hareng… mais allez lui secouer ? la Police !… moi là, que j’aille débagouler, clowner pour rien, c’est pas l’horreur ? qu’ai tant payé !… de penser qu’on m’artiche, je blêmis, je suffoque pire qu’entre les poignes de l’ogre !… je coagule sang cœur nerfs… pire que Delphine !… je perds connaissance le mec qui s’amène : Prêtez-le-moi !… et encore tenez ! regardez ! la chaleur du récit m’emporte ! je vous file cette digression pour rien ! de la philosophie !… je vous la donne ! Muse dilapideuse salope, marre ! » p.430-431

«[…] du temps de ma grand-mère, le faux avait une odeur, maintenant il sent plus !… si il avait encore l’odeur faudrait fermer tous les Musées !… » p.441

«[…] y a pas de justice ici sur terre, y a que des comploteries… des bourbes de vices… […]» p.452

«[…] que j’étais un sale pornographe… libidineux en plus de traître, le plus outrageant du siècle !… à faire rougir les pissotières ! qu’il fallait nettoyer la France et la langue française d’un sexographe démoralisateur, dégrammeur pareil qui souillait la Patrie sacrée et son patrimoine littéraire !… que jamais ça serait plus la France si on égorgeait pas ce porc ! moi, le porc ! […]» p.538-539

«[…] c’est comme ça les catastrophes… tout vrai d’un côté, tout faux de l’autre !… […]» p.568

« On peut pas prévoir la foudre !… elle épargne ci ! volatilise là !… un mètre de plus, un mètre de moins, vous êtes envoyé aux Ethers ou il vous reste cinquante ans de bon, cinquante ans à vous rendre à Lourdes beugler miracle, racheter les bouts de cierges, les faire fondre, les offrir comme neufs, rebeugler… y a des mètres qui sont bénis, même des centimètres !… des millimètres qui valent des vies !…les friponneries de l’écorce terrestre sont pas à croire ! […]» p.580-581

«[…] Taisez-vous vieille peau ! ridée infection !… (…) trusteuse accapareuse salope ! (…) pourrie de pisse puante ammoniacale ivrognesse mouchardeuse voleuse ratonne provocatrice pire que tout !… […]» p.600

«[…] Epoustoufleur à bonniches […]» p.603

«[…] il a payé ses «phénomènes» Pline l’Ancien !… moi aussi j’ai payé un peu… y a que ce qu’est payé qui compte !… gratuit, c’est « Jean-Foutre Cie ! » blablateurs, charlatans, la clique !… aux chiots ! tous ! aux chiots !… pas écoutables !… une bande de pets !… je dis !… je dis !… […]» p.611

Editions  Gallimard / Folio - 633 pages

Il ne fallait pas engendrer...

Cioran
"La seule chose que je me flatte d’avoir comprise très tôt, avant ma vingtième année, c’est qu’il ne fallait pas engendrer. Mon horreur du mariage, de la famille, et de toutes les conventions sociales, vient de là. C’est un crime que de transmettre ses propres tares à une progéniture, et l’obliger ainsi de passer par les mêmes épreuves que vous, par un calvaire peut-être pire que le vôtre. Donner vie à quelqu’un qui hériterait de mes malheurs et de mes maux, je n’ai jamais pu y consentir. Les parents sont tous des irresponsables ou des assassins. Les brutes seules devraient s’employer à enfanter. La pitié empêche qu’on soit « géniteur ». Le mot le plus atroce que je connaisse."
Emil CioranCahiers.

jeudi 2 novembre 2017

La foi...

" Ceux qui disent que toutes les aberrations contemporaines et tous les excès qu’a connus notre siècle sont dus à notre éloignement de Dieu oublient trop vite que le Moyen Âge fut encore plus cruel que notre époque, et que la foi, loin d’atténuer notre férocité, l’exacerbe davantage. Car toute foi est passion, et passion signifie aussi bien appétit de souffrir que de faire souffrir. Dès qu’on cesse d’être objet, et dès qu’on ne se moule plus sur la matière, sur l’univers indifférent et froid, on tombe dans les folies et la démesure de l’âme qui est feu, et qui n’existe que pour autant qu’elle se dévore. "
Emil CioranCahiers.

samedi 23 septembre 2017

De la lecture...


  • Viande à brûler, César Fauxbras, Allia. *****
  • Sur l'écriture, Charles Bukowski, Au diable Vauvert. ***
  • Ceux du trimard, Marc Stéphane, Arbre Vengeur. *****
  • Le PARIS de Céline, David Alliot, Editions Alexandrines. **
  • La Petite Gamberge, Robert Giraud, Le dilettante. ***
  • Le journal invisible/Le livre invisible, Sergueï Dovlatov, La Baconnière. ****