dimanche 7 avril 2019

Macron gaze son peuple !!!

De dangereux terroristes maitrisés... (Source)

Un truc de dingue... Tiens ça me rappelle quelqu'un...
la même tête de con!
C'est marrant, ils s'enprennent toujours aux gens qui ne peuvent riposter ou qui ne représentent aucun danger ! Et jamais aux vrais dangereux ! Quel courage !!! (et en plus avec notre pognon!)

mercredi 27 mars 2019

Swiss Army Man

Hank est un trentenaire échoué sur une île déserte et il le vit tellement mal qu'il est sur le point de se pendre. Mais au moment où il passe la corde au cou, l'océan rejette le cadavre d'un homme. Hank y voit là un signe et quand il l'examine, il constate que les gaz de décomposition de son nouvel ami peuvent lui permettre de quitter son île...

mardi 26 mars 2019

Apostasie mon amour...

Monsieur l'évêque,

Ayant reçu mon baptême en l’église de [votre église de baptême] le [votre date de baptême] sous le nom de [nom lors du baptême], je vous fais part, par la présente, de mon intention de ne plus apparaître dans vos registres.
Je ne crois pas en l’existence d’un Dieu qui aurait créé le monde en une semaine. Je ne crois pas non plus en l’histoire de Jésus, qui serait né d’une mère vierge, aurait pu marcher sur l’eau, multiplier la nourriture, et serait revenu à la vie après avoir été crucifié. Je ne suis également pas en accord avec les textes de la Bible : quand elle prône l’amour de son prochain, que penser de la lapidation du conjoint adultère, qu’elle prescrit également ? Je ne partage donc pas les croyances fondatrices de l’Eglise et ne souhaite pas cautionner des écrits parfois violents.
(...)
L'Eglise est encore aujourd'hui un obstacle à l'égalité entre hommes et femmes, que ce soit en son sein ou dans la société civile. Les postes d'importance au sein de l'Eglise sont exclusivement masculins alors que cela serait impensable dans n'importe quelle autre organisation. L’Eglise ne doit pas être exemptée d’appliquer l’égalité hommes/femmes. De plus, l'Eglise véhicule une image patriarcale de la famille, où la femme doit se soumettre à l'homme. La lutte pour l’émancipation des femmes a dû ardemment faire face à cette vision chrétienne de la famille afin de faire évoluer les mentalités.
(...)
Je ne souhaite pas cautionner l'attitude de l'Eglise envers les personnes LGBT+, qui juge leurs inclinaisons "objectivement désordonnées". Je trouve également choquants les propos du Pape François, qui recommande la psychatrie pour les enfants aux "orientations homosexuelles" et qui renvoient à l'idée que l'homosexualité est une maladie. Personne ne choisit son orientation sexuelle et personne ne devrait donc être discriminé sur la base de celle-ci. La position de l'Eglise qui prescrit l'abstinence ou encore "l'amitié désintérésée" pour les homosexuels est une tentative vaine de changer ce qu’ils sont intrinsèquement.
(...)
En soutenant les manifestations contre l'égalité des droits qui ont eu lieu en France, l'Eglise a activement participé à la recrudescence de l'homophobie ces derniers mois. Les déclarations outrancières des représentants de l'Eglise n'ont pu qu'encourager la multiplication des agressions homophobes, notamment celles du Cardinal Barbarin, qui n'hésite pas à comparer le mariage homosexuel à l'inceste. De plus, malgré la loi 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, l'Eglise profite de son influence pour agir sur l'appareil législatif. L'audition des représentants des différentes religions à l'Assemblée Nationale pour le projet de loi “mariage pour tous” va à l'encontre des principes d'un Etat laïc. Si l'Eglise continue à discriminer dans le cadre de son mariage religieux, je m'oppose à ce qu'elle intervienne sur le mariage civil, aujourd'hui dissocié de toute considération religieuse.
(...)
Je n’approuve pas le refus de l’avortement de la part de l’Eglise et je pense qu’une femme doit avoir accès à l'avortement légal, sûr et gratuit. En Argentine, l'Eglise a contribué à l'échec de l'approbation d'une loi qui aurait permis de mettre fin aux nombreux avortements clandestins et parfois mortels dans le pays. Si l'avortement est à utiliser en dernier ressort, il me parait justifié dans certaines situations particulièrement difficiles. Au delà de ça, la possibilité d'avorter est un garant du droit des femmes à disposer de leur corps.
(...)
Je ne souhaite pas faire partie d’une communauté souvent concernée par des cas de pédophilie. A de nombreuses reprises, l'Eglise a préféré muter les prêtres impliqués dans des cas de pédophilie au lieu de les rendre à la justice. En ayant protégé des prêtres pédophiles, l’Eglise se rend complice de ces abus sexuels sur des enfants.
(...)
Je trouve que l’attitude de l’Eglise au sujet du port du préservatif est irresponsable. En continuant à affirmer que le préservatif n’est pas une solution face aux maladies sexuellement transmissibles et à le déconseiller, elle participe notamment à la progression de l’épidémie du VIH qui tue près d'un million de personnes dans le monde chaque année.
(...)
Pour toutes ces raisons, je vous demande de radier mon nom et toute autre donnée me concernant du registre des baptêmes et de tout autre fichier manuscrit ou informatisé que vous détiendriez. Cette lettre fait office de décision définitive, il est donc inutile de me demander une quelconque confirmation.
Conformément aux articles 38, 39 et 40 de la loi n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, cet acte d’apostasie ne peut m’être refusé. Conformément à la loi précitée, les données me concernant doivent être "effacées".
Suite à la décision de la Cour de cassation, vous êtes pour le moins tenu d'ajouter la mention "a renié son baptême par lettre datée du..." en marge des registres. Je vous rappelle cependant que rien ne vous empêche d'effacer complètement (rendre illisible) mon acte de baptême.
Conformément à l’alinéa 2 de l’article 40, je vous demande de me fournir, sans frais, une attestation confirmant cette radiation.
Conformément à l’alinéa 2°c de l’article 11 de cette même loi et en cas de non reception de mon attestation de radiation, je serai au regret de saisir la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), voire d’engager toute procédure nécessaire pour obtenir le respect de ma volonté présentement exprimée.
(...)
Amen!

http://apostasiepourtous.fr/

Source

dimanche 24 mars 2019

Un début de gilet jaune ?...

31 janvier 1960
(...)
  Je m'en veux un peu de ce petit mouvement de sympathie que j'ai eu toute la journée pour les barricadeurs. Je discute en moi-même, je me gronde. Rien à faire, quand l'Etat a des ennuis je suis content. Il tombe. Encore plus content. Il tient la rampe. Chagriné. Ce qui me plaisait le plus dans la République parlementaire, c'étaient les crises ministérielles.
(...)
  L'Etat, qu'est-ce que c'est l'Etat ? Des gens qui sont là-haut, là-bas, très loin, qui parlent de choses qui nous échappent, qui vivent de nos sous, qui nous appellent toujours pour des corvées, qui nous payent de grands mots auxquels on ne comprend rien. Je ne vois vraiment pas pourquoi on se ferait de la bile parce que l'Etat a des ennuis.
(...)

Roger Rudigoz, Saute le temps, journal d'un écrivain 1960-1961, Editions Finitude.

dimanche 17 mars 2019

Un très bon début d'année 2019... #2

Testé et Approuvé !


Emile et Louise Lecouvreur font l'acquisition de l'Hôtel du Nord, par l'intermédiaire de mercier, marchand de fonds.
Au comptoir : Philippe Goutay et sa femme. Parmi les locataires : Renée, qui est aussi la bonne de l'hôtel, et son amant, l'ouvrier Pierre Trimault, qui prend la poudre d'escampette en apprenant qu'il va être père. Des habitués, déjà : les joueurs de cartes, le père Louis et Marius Pluche ; Julot, l'éclusier du canal Saint-Martin. Des gens de passage... Des histoires... Eugène Dabit nous conte ici la vie et la mort du petit hôtel du quai de Jemmapes, encore debout aujourd'hui, et qui a inspiré à Marcel Carné l'inoubliable Hôtel du Nord, avec Arletty, Louis Jouvet, Bernard Blier... Atmosphère ! Atmosphère !... 

Comme disait l'autre : « Atmosphère ! Atmosphère !... Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?!». C'est surtout un livre d'atmosphère, d’une époque disparue, très années 20, d’un temps révolu, avec une gallerie de personnages savoureux,  truculents, mais parfois fantomatiques. Très léger, ce livre se lit très facilement après un livre plus dur… peut-être un peu vieilli…

Elle l'avait rendu exigeant et difficile. La vie à deux use le coeur d'un homme. Pierre ne lui parlait plus jamais d'amour. Le dimanche, lorsqu'elle voulait sortir avec lui comme autrefois, il refusait pour aller jouer à la manille. Elle le regardait partir, les larmes aux yeux. [...]
Elle s'abandonnait à une sorte de mirage où les plaisirs de l'amour se liaient à ceux d'une vie régulière et douce.
L'argent filait et l'humeur de Trimault s'assombrissait vite. Renée attendait ses baisers comme une aumône.

Un jour de janvier 1975, Jean Meckert est allongé sur un lit de La Pitié-Salpêtrière. Il a été trouvé inanimé dans une rue de Belleville. Sorti des épreuves de l’hospitalisation qui n’effacent pas les séquelles de deux heures de coma, il veut comprendre ce qui le laisse ainsi anéanti. Commence alors une lente enquête et une profonde méditation sur son passé, puis naît peu à peu l’idée d’un roman dont le narrateur serait un écrivain devenu amnésique. Aban­donnant ses habituels personnages de série noire, le romancier choisit de faire de l’enfant qu’il fut, et que la mémoire a gardé intact alors que le souvenir des événements récents a disparu, le protagoniste de son prochain ouvrage.
La mort de la mère puis celle de la sœur de Jean Meckert vont brutalement rendre l’écriture de l’œuvre plus impérative encore, ces deux êtres disparus devenant les figures centrales de l’entreprise romanesque. La fiction se mêle alors intimement aux réalités saillantes de son existence, Jean Meckert faisant de sa biographie l’essence même de Comme un écho errant.
Adressé en 1986 aux Éditions Gallimard, l’ouvrage est chaleureusement accueilli par Roger Grenier, mais refusé par les autres lecteurs qui reprochent à Meckert de n’avoir pas choisi entre la biographie documentée et le roman psychologique.
Terminé moins d’une dizaine d’années avant la mort de l’auteur, ce roman est resté inédit jusqu’à ce jour.

Après un tabassage en règle, laissé pour mort, et un coma bien mérité, Meckert se retrouve avec un trou de mémoire de près de 20 ans !… La bonnefemme s'est barrée, le bonfils quasi inexistant, la mère vieillissante, il ne reste plus que la sœur dévouée, au quintal rassurant, pour s'occuper de son frérot amnésique… Meckert va essayé de retrouver cette mémoire perdue en se replongeant dans ses romans, pour voir si un détail, une sensation lui reviendrait… mais nada, que dalle! plus rien ! Pas même un souvenir de ces voyages effectués pour jeter la base de ses romans. Seule persiste son enfance, ses souvenirs d’enfance, qu’il va essayer de cultiver pour se reconstruire, de recouvrer la mémoire… Aussi il lui reste le plus important, qui n’a pas été touché, son côté « anar » qui lui vient de la mère et du père fusillé pour « traîtrise » envers la patrie… Déjà un bon héritage familiale… Mais qui l’amènera plus tard à cette ratonnade. Par « anar », on peut aussi entendre qui ne suit pas bêtement le troupeau de moutons humains… S’ensuivent ensuite des réflexions sur la vie, sur son individualisme, sur la reconstruction d’un être sans souvenir, sur une forme de résilience pour la survie… J’ai beaucoup aimé ce Meckert plus intime, sa prose introspective, son indépendance intellectuelle, loin des sentiers battus et rebattus… Après « Les coups », « L’homme au marteau » et quelques romans noirs, c’est une bonne (re)découverte que je vais poursuive…

Lui, il était à peine plus grand, blond à l'oeil bleu, la gouaille au coin des moustaches. Elle lui devait tout : le savoir lire-écrire, le sens de sa liberté révélée. Il lui avait appris qu'elle n'avait pas à s'écraser devant ses patrons, que le drapeau n'était que torchon médaillé, les hymnes nationaux des borborygmes de poivrots, et qu'il ne fallait pas se priver de crier : "Crois ! Crois ! Crois !" devant le pape et ses corbeaux. Probable qu'il ne lui lisait pas Proudhon ou Bakounine dans le texte, mais il l'emmenait aux réunions des petits anars de Noisy-le-Sec. C'était là que leur quartette de noces et banquets s'installait pour les répétitions hebdo, dans un hangar fermé par des traverses de voie ferrée qui existait encore vers les années 30.
Rien des crapulars sardoniques. Plutôt des marrants, aux idées "avancées". Et trois quarts de siècle plus tard les idées restaient toujours tellement avancées que le peloton n'avait jamais pu ramarrer l'échappée.


Édité chez Stock en 1945, une date qui en valait bien une autre pour un ouvrier qui n’avait pas d’ambition littéraire, Travaux est le premier livre de l’œuvre discrète mais sûre de Georges Navel. Il était préfacé par Paul Géraldy, avec qui Navel s’était lié à la faveur de quelques travaux manuels qu’il avait effectués chez lui. On songe avec amusement à la rencontre improbable entre ce dramaturge à succès de la bourgeoisie de l’entre-deux-guerres et cet ouvrier cultivé à l’esprit libertaire qui, à l’époque installé dans le Haut-Var, s’était fait apiculteur après avoir exercé mille métiers entre le Nord et le Sud, l’usine et la campagne. Juste avant la guerre, Navel avait donné des articles à L’Humanité et à Commune. Encouragé par Géraldy, Navel écrivit Travaux à partir des notes qu’il avait couchées dans des cahiers au fil de ses déplacements. Suivront les récits autobiographiques Parcours (1950), Chacun son royaume (1960) et plus tardivement Passages (1982), tous dans l’esprit de Travaux, et surtout Sable et limon (1952), ouvrage composé de lettres écrites au philosophe Bernard Groethuysen. (c)François Ouellet
Un des livres les plus beaux inspiré par la condition ouvrière. Travaux, paru au lendemain de la guerre, en 1945, est tout de suite devenu un classique. Les critiques ont comparé Georges Navel à Gorki, à Panaït Istrati, à Eugène Dabit, à Charles-Louis Philippe. Mais Navel fait entendre une voix qui n'appartient qu'à lui. Comme l'a écrit Jean Giono : «Cette patiente recherche du bonheur qui est la nôtre, nous la voyons ici exprimée avec une bonne foi tranquille.»

Encore un écrivain prolétaire dans mon panthéon des écrivains prolétariens. Ça commence vraiment à devenir une habitude… 
C’est un formidable roman sur la condition ouvrière, sur la condition humaine, où, par sa poésie et son écriture, Navel magnifie le travail manuel, ses joies et ses peines, la chaleur humaine, la camaraderie, les plaisirs partagés… Mais c’est sans compter sur la solitude, l’enfermement insupportable et un certain désenchantement par moment néanmoins non dénué d’une lueur d’espoir…
On suit avec plaisir son enfance, sa scolarité, son apprentissage très tôt d’ouvrier, les guerres traversées, ses divers métiers exercés à travers la France : ouvrier dans la métallurgie, manoeuvre sur les chantiers de construction, cueilleur de fruits, jardinier, terrassier… 
Un grand livre par un homme qui s’est « improvisé » écrivain. (Un chef-d‘œuvre?)
C’est le pendant du livre sur la condition paysanne « La vie d’un simple » d’Emile Guillaumin !
Ma mère m'a eu à quarante-sept ans. Je l'ai toujours connue comme une mère, comme une femme dont la beauté ne compte pas, mais seulement la bonté, la chaleur, la main à tartines. J'étais son treizième. Je l'ai toujours vue comme si elle avait eu soixante ans, comme toutes les vieilles femmes du village, les mères vertes et actives, sans jamais la confondre avec les grand-mères édentées, grondeuses, assises tout le long du jour avec leurs mains noueuses sur les genoux.
Dans le village on ne disait jamais d'une femme qui avait des enfants "madame" mais "la mère". Toutes les mère se ressemblaient. C'étaient des femmes à rides et à larmes. Leurs mains tannées sentaient l'ail. La mienne avait beaucoup pleuré, elle avait des lacs de larmes derrière ses lunettes, mais le reste du visage, du front à la bouche, continuait de sourire, la voix aussi.

Qu'il soit fermier, éleveur ou manœuvre, tout ça n'est rien. la raison d'être d'un homme réside dans ses aspirations et non pas dans les rôles auxquels la vie le pousse. Cette étoile signifie l'amour de l'humanité.

Je savais maintenant qu'on est sur la terre pour gagner seulement sa croûte, que la vie ne répond pas à cette attente de merveilleux qui donne aux enfants envie de grandir plus vite.

Le travail ne justifie rien. Le travail justifie le charron dans un village. Incontestablement il voit les services qu'il rend. Il justifie l'artisan, le menuisier, le plombier, l'ébéniste qui voient la tête de leur client. Il ne justifie pas le travailleur de la grande industrie qui produit pour la guerre ou pour les besoins de luxe de la classe privilégiée, qui produit une pièce en ignorant où elle va dans l'ensemble de la machine.
On peut supporter sa vie sans la justifier, mais pas seul. C'est trop pénible. Il faut une mère, une femme, des enfants, être dans des liens, cesser de réfléchir. La solitude sentimentale ne convient qu' à l'homme usé.

Après le large des champs, le large de la vie en été, j'ai du mal à comprendre le goût des civilisés, les singes, pour la possession des villas inhabitées, pour la nature ridiculement mise en plis derrière des grilles et des serrures.
La neurasthénie fleurit, l'homme est l'ennemi de l'homme.

J'admirais les terrassiers, assez fiers de leur métier pour en porter le costume en ville. De la poche de leur colletin dépassait un journal, l'Humanité le plus souvent, le Populaire, le Libertaire.
Ils habitaient la plupart en banlieue, parce qu'on s'y loge à meilleur compte qu'à Paris et qu'ils pouvaient avoir un bout de jardin, trois poireaux, deux poules, une caisse à lapins. Ils venaient de la ceinture rouge. Ils élisent des maires et des députés communistes. Ils les nomment par leur prénom. Leurs représentants sont pour eux non des chefs mais des copains. S'ils ont la bosse de l'admiration, elle s'allie au penchant à l'égalité. Je ne vois pas devant qui aurait pu baisser le regard, l'ancien marin notre délégué. Il aurait tutoyé le pape s'il l'avait rencontré. C'est une conviction chez eux que l'homme n'est jamais qu'un homme sous n'importe quel costume. Le beau parler ou les discours les éblouissent, ils ne sont pas sans reconnaissance pour la musique des paroles. Mais si l'on en tire trop vanité, si on se met au dessus d'eux, ils retrouvent leur fond. Ils savent qu'eux aussi, en allant aux écoles, auraient pu faire figure plus avantageuse. Ce ne sont pas des humiliés. Quand on leur porte mépris, ils peuvent le rendre.

En cueillant, je forçais pour être toujours éveillé, jamais inconscient. La vie est un don. Je voulais toujours être à la fête. je m'occupais à donner à mes mains le maximum d'habileté, ne faisant aucun geste sans que l'attention n'y participât.
à suivre ?...

dimanche 10 mars 2019

IT'S NOT A BINARY COFFEE...


Je sais que ce n'est pas le thème de ce blog, je sais que ce n'est pas le lieu pour parler de ça, mais il y a encore des sujets qui m'énervent !!! Eh oui ! Et même si je ne m'engage jamais dans aucune cause... On est en 2019 putain ! Et il faut encore se battre pour ça ! Jusqu'à être obligé de faire des pétitions... 

"Pour un enseignement du clitoris dans tous les manuels de SVT
Dénoncer l’Analphabétisme de la sexualité Féminine en France et revendiquer le droit à l’égalité d’éducation sexuelle.
Le clitoris est l’organe essentiel du plaisir sexuel des femmes, pourtant, il demeure un organe oublié des manuels scolaires. Selon un rapport sur l’éducation sexuelle remis en juin 2016 par le Haut Conseil à l’égalité, un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles possèdent un clitoris et 83% d’entre elles ignorent sa fonction érogène."

Moi qui ne me rappelle même pas avoir eu une quelconque éducation sexuelle à l’école… à part peut-être celle des mouches...

La pétition

Source

samedi 9 mars 2019

C’est superbe Leningrad !…

«[…] Il faut d’abord situer les choses, que je vous raconte un petit peu comment c’est superbe Leningrad… C’est pas eux qui l’ont construit les "guépouistes" à Staline… Ils peuvent même pas l’entretenir… C’est au-dessus des forces communistes… Toutes les rues sont effondrées, toutes les façades tombent en miettes… C’est malheureux… Dans son genre, c’est la plus belle ville du monde… dans le genre Vienne… Stockholm… Amsterdam… entendez-moi. Comment justement exprimer toute la beauté de l’endroit… Imaginez un petit peu… les Champs-Elysées… mais alors, quatre fois plus larges, inondés d’eau pâle… la Neva… Elle s’étend encore… toujours là-bas… vers le large livide… le ciel… la mer… encore plus loin… l’estuaire tout au bout… à l’infini… la mer qui monte vers nous… vers la ville… Elle tient toute la ville dans sa main la mer!… diaphane, fantastique, tendue… à bout de bras… tout le long des rives… toute la ville, un bras de force… des palais… encore d’autres palais… Rectangles durs… à coupoles… marbres… énormes bijoux durs… au bord de l’eau blême… A gauche, un petit canal tout noir… qui se jette là… contre le colosse de l’Amirauté, doré sur toutes les tranches… chargé d’une Renommée, miroitante, tout en or… Quelle trompette! en plein mur… Que voici de majesté!… Quel fantasque géant? Quel théâtre pour cyclopes?… cent décors échelonnés, tous plus grandioses… vers la mer… Mais il se glisse, piaule, pirouette une brise traître… une brise de coulisse, grise, sournoise, si triste le long du quai… une brise d’hiver en plein été… L’eau frise au rebord, se trouble, frissonne contre les pierres… En retrait, défendant le parc, la longue haute grille délicate… l’infinie dentelle forgée… l’enclos des hauts arbres… les marronniers altiers… formidables monstres bouffis de ramures… nuages de rêves repris à terre… s’effeuillant en rouille déjà… Secondes tristes… trop légères au vent… que les bouffées malmènent… fripent… jonchent au courant… Plus loin, d’autres passerelles frêles, "à soupirs", entre les crevasses de l’énorme Palais Catherine… puis implacable au ras de l’eau… d’une seule portée terrible… le garrot de la Neva… son bracelet de fonte énorme. Ce pont tendu sur le bras pâle, entre ses deux charnières maudites: le palais d’Alexandre le fou, rose lépreux catafalque, tout perclus de baroque… et la prison Pierre et Paul, citadelle accroupie, écrasée sur ses murailles, clouée sur son île par l’atroce Basilique, nécropole des Tzars, massacrés tous. Cocarde tout en pierres de prison, figée, transpercée par le terrible poignard d’or, tout aigu, l’église, la flèche d’une paroisse d’assassinés.

Le ciel du grand Nord, encore plus glauque, plus diaphane que l’immense fleuve, pas beaucoup… une teinte de plus, hagarde… Encore d’autres clochers… vingt longues perles d’or… pleurent du ciel… Et puis celui de la Marine, féroce, mastoc, fonce en plein firmament… à la perte de l’Avenue d’Octobre… Kazan la cathédrale jette son ombre sur vingt rues… tout un quartier, toutes ailes déployées sur une nuée de colonnades… A l’opposé cette mosquée… monstre en torture… le "Saint Sang"… torsades… torsions… giroles… cabochons… en pustules… toutes couleurs… mille et mille. Crapaud fantastique crevé sur son canal, immobile, en bas, tout noir, mijote…

Encore vingt avenues… d’autres percées, perspectives, vers toujours plus d’espaces… plus aériennes… La ville emportée s’étend vers les nuages… ne tient plus à la terre… Elle s’élance de partout… Avenues fabuleuses… faites pour enlever vingt charges de front… cent escadrons… Newsky!… Graves personnes!… de prodigieuses foulées… qui ne voyaient qu’immensités… Pierre… Empereur des steppes et de la mer!… Ville à la mesure du ciel!… Ciel de glace infini miroir… Maisons à leur perte… Vieilles, géantes, ridées, perclues, croulantes. d’un géant passé… farci de rats… Et puis cette horde à ramper, discontinue, le long des rues… poissante aux trottoirs… rampe encore… glue le long des vitrines… faces de glaviots… l’énorme, visqueux, marmotteux, grouillement des misérables… au rebord des ordures… Un cauchemar traqué qui s’éparpille comme il peut… De toutes les crevasses il en suinte… l’énorme langue d’Asie lampante au long des égouts… englue tous les ruisseaux, les porches, les coopératives. C’est l’effrayante lavette éperdue de Tatiana Famine… Miss Russie… Géante… grande comme toutes les steppes, grande comme le sixième du monde… et qui l’agonise… C’est pas une erreur… Je voudrais vous faire comprendre, de plus près, ces choses encore… avec des mots moins fantastiques…

Imaginez un petit peu… quelque "Quartier" d’ampleur immense… bien dégueulasse… et tout bondé de réservistes… un formidable contingent… toute une armée de truands en abominable état… encore nippés en civil… en loques… tout accablés, guenilleux… efflanqués… qu’auraient passé dix ans dans le dur… sous les banquettes à bouffer du détritus… avant de parvenir… qu’arriveraient à la fin de leur vie… tout éberlués… d’un autre monde… qu’attendraient qu’on les équipe… en bricolant des petites corvées… de ci… de là… Une immense déroute en suspens… Une catastrophe qui végète. […]»

Louis-Ferdinand CélineBagatelles pour un massacre, 1937.

jeudi 7 mars 2019

Une vie sans fin dans la misère permanente...

Ce coin de la terrasse était le plus dégueulasse de tout l’immeuble. Au début de la crise, en 1990, elle avait perdu son emploi de femme de ménage et elle avait fait comme tant d’autres : elle s’était pris quelques poulets, un cochon et des pigeons. Elle avait fabriqué des cages de bric et de broc, avec des planches pourries, des bidons, des chutes d’acier, des vieux bouts de fil de fer. Parfois, l’eau courante disparaissait pendant des jours. Alors, elle réveillait les garçons à l’aube, les houspillait, les malme­nait et les forçait à descendre les quatre étages pour remonter des seaux tirés d’un puits qui, chose incroyable, se trouvait juste au coin de la rue, simplement recouvert par une plaque d’égout.
Ils avaient neuf et dix ans, à l’époque. Reynaldo, le plus petit, était un enfant calme et silencieux ; Nelson, moins docile, se rebellait et protestait parfois à grands cris : «Me hurle pas dessus, con ! Qu’est-ce que tu as, encore ?»
Elle boitait de la jambe droite. Elle était un peu débile, aussi. Il lui manquait une ou deux cases, depuis toute petite ou peut-être de naissance. Sa mère à elle vivait avec eux. Elle devait avoir cent ans ou plus, allez savoir. Tout ce monde dans une chambre pourrie de trois mètres sur quatre et ce bout de terrasse à l’air libre. Il y avait des années que la vieille ne se lavait plus et elle était maigrissime d’avoir tant souffert de la faim. Une vie sans fin dans la misère permanente. Elle était devenue comme du carton. Jamais un mot. Une momie squelettique, muette et sale, qui ne bougeait presque pas, n’ouvrait pas la bouche, se contentait de regarder sa fille à moitié retardée et ses deux petits-enfants s’échanger des claques et des injures dans le vacarme que faisaient les poules et les chiens. «Ceux-là, ce sont des cinglés», disaient les voisins, et personne ne cherchait à intervenir dans ces disputes continuelles. 
De temps à autre, elle allumait une cigarette, s’accou­dait à la balustrade du toit en observant la rue et en conjurant ses souvenirs d’Adalberto. Elle avait eu des douzaines d’hommes, dans sa jeunesse. Elle aimait les exciter, comme ça, quel que soit leur âge. Des fois, ils disaient : «Hé, fofolle, viens un peu me la sucer. Je te donne deux pesos si tu me la pignes !», et hop, allons-y, ouvre la bouche. Certains lui donnaient de l’argent. D’autres non. Ils lui lâchaient leur purée et puis : «Attends-moi ici, que je reviens de suite», et ils dispa­raissaient. Mais avec Adalberto, ça avait été différent. Les enfants étaient de lui, sauf qu’il n’avait jamais voulu vivre avec eux sur ce toit, le grand salaud, et quand il avait vu qu’elle était enceinte une deuxième fois il s’était perdu dans la nature. Désormais c’était une vioque, presque, une demeurée qui puait à cent mètres, boitait, crevait la faim… En faisant les comptes ainsi, elle arrivait à la même conclusion : «Qui c’est qui voudra de moi, merde ? Si j’ai envie de quelque chose, c’est de mourir, tiens !» Elle ruminait, se fâchait contre elle-même, jetait sa cigarette en bas et, par désespoir, se mettait à gueuler sur les petits : «Rey, Nelson ! Allez chercher de l’eau, foutus feignants ! De l’eau, j’ai diiiiiit !»

Pedro Juan Gutiérrez, Le roi de La Havane, Editions 10/18.

mardi 5 mars 2019

En gagnant mon pain - Maxime Gorki

Présentation de l’éditeur
En gagnant mon pain (1916) est le volume central d’une trilogie contrastée, commençant par Enfance (1913-14) et se terminant par Mes universités (1923). Même si la dimension autobiographique assure la cohérence de l’ensemble, les conditions de la rédaction façonnent nettement la vision rétrospective. Le premier livre a été conçu à Capri, dans le temps d’un exil glorieux : le suivant, écrit en Russie, où l’auteur est rentré après une amnistie proclamée par le tsar, a été marqué par la guerre et l’installation du régime soviétique, enfin, le dernier volet est mis au point à l’étranger alors que l’homme entretient une relation ambivalente avec la jeune révolution, est simultanément en amitié et en intimité avec Lénine. La visée de la critique sociale n’a donc plus la même pertinence, et l’histoire elle-même ne se déchiffre ni ne s’interprète selon les mêmes critères. L’adolescence décrite dans En gagnant mon pain, laborieuse, impécunieuse, sentimentalement aride, est éclairée par la découverte de la littérature, récits populaires, ou récits plus substantiels comme ceux de Balzac et de Flaubert. L’ensevelissement dans les textes devient le moyen d’échapper à la souffrance quotidienne, détermine en outre le désir d’écrire. Orphelin depuis longtemps, l’écrivain a pu dire «Les livres, dans ma vie, ont remplacé ma mère». Cet investissement traduit une curiosité qui sera continuellement contrecarrée par la nécessité : travailler, travailler pour survivre. Si Enfance constitue une véritable référence, il n’en va pas ainsi des autres romans : cette publication tâche de restituer une oeuvre dans son mouvement complexe, afin de battre en brèche certains jugements liés à l’indéfinition du fragment.

J’ai bizarrement moins accroché que pour "Enfance" mais c’est tout de même un beau roman d'apprentissage, un joyaux dans sa description de la nature, des mœurs russes des pauvres gens et une déclaration d’amour au livre, dans un style cristallin, sans aucune lourdeur ; j’insiste sur la qualité de l’écriture. Se lit d’une traite. Une sorte de "Factotum" (Bukowski) à la russe. A saluer le travail remarquable du traducteur qui a su rendre la prose limpide (manque peut-être des notes en bas de page pour nous éclairer sur les coutumes et croyances russes). Mais la qualité de l’impression laisse à désirer malgré le prix de l’ouvrage ; caractères mal imprimés, manquant, déteignant/un peu flou  parfois...

«[…] Mon enfant, dit-elle, oublie ce que racontent les livres ; ils mentent, les livres ! » p.65

«[…] La femme, c’est une force ; elle a trompé Dieu Lui-même, oui, parfaitement ! (…) C’est à cause d’Eve que tout le monde s’en va en enfer, oui, parfaitement ! » p.92

«[…] le travail de l’esprit, pendant l’enfance, creuse dans l’âme des plaies si profondes que, parfois, elles ne peuvent plus se fermer. » p.103

«[…] La seule différence entre les hommes, c’est le degré de leur bêtise. L’un est intelligent, l’autre moins, le troisième est complètement bête. Pour s’instruire, on doit lire des livres bien choisis ; la magie noire, et tout le reste ! Il faut lire tous les livres, alors on découvre ceux qui peuvent être utile… » p.124

«[…] Lorsque Dieu nous envoie sur la terre, nous sommes de stupides enfants, Il veut que nous en revenions vieillards instruits, donc il faut apprendre ! » p.165

«[…] Peut-on demander à quoi pense un homme ? Il est impossible de répondre à cette question. On pense simultanément à beaucoup de choses, à tout ce qu’on a sous les yeux, à ce qu’on a vu hier et l’année passée, et tout est confus, insaisissable, se meut et se transforme. » p.186-187

«[…] Les livres, mon ami, sont comparables à un grand jardin où il y a de tout : de l’inutile, de l’excellent et de l’agréable… (…) Les brèves leçons du pharmacien m’inspiraient une révérence toujours plus vive pour les livres ; peu  à peu ils me devinrent aussi indispensables que l’eau-de-vie à un ivrogne. » p.189

«[…] L’argent, ce n’est pas comme les gens, il n’y en a jamais de trop. » p.233

«[…] La lecture empêche les querelles et le bruit ; c’est une bonne chose ! » p.269

«[…] Ici, depuis que tu lis, c’est comme au printemps quand on enlève les doubles fenêtres et qu’on laisse pour le première fois pénétrer l’air pur (…) » p.270

«[…] Les gens s’usent et meurent, c’est naturel, mais nulle part ils ne s’épuisent avec la même rapidité terrifiante, ni aussi stupidement que chez nous, en Russie… » p.273

«[…] La gaîté, chez nous, n’est ni spontanée, ni naturelle, il faut la faire naître, l’entretenir, l’exciter, c’est une pauvre flamme toujours prête à s’éteindre. Et trop souvent la gaîté russe se transforme d’une manière inattendue et insaisissable en un drame féroce. L’homme danse comme un captif briserait ses liens, et soudain, libérant en lui le fauve le plus cruel, il se précipite en brute sur les autres et il mord, déchire et anéantit… » p.276-277

«[…] Etre bon, c’est ce qu’il y a de plus facile pour les paresseux ; la bonté, mon garçon, ça ne demande pas d’esprit. » p.313

«[…] on a beau se démener, on peut espérer ce qu’on veut, mais personne n’échappera au linceul et à la tombe ! » p.313

«[…] Qui suis-je ? Un être humain. Et l’autre, qui est-il ? Un être humain aussi. Alors quoi ? Dieu exigerait-il de lui ou de moi un impôt différent ? Non, nous sommes tous égaux devant Dieu… Il faut que nous soyons égaux dans la vie. » p.320

Maxime Gorki, En gagnant mon pain, Editions  L’Harmattan/Les Introuvables.