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jeudi 30 mars 2017

Méchanceté est Reine...

Copenhague Le Lundi 29 mars 1948,

«[…] Rien à faire avec les éditeurs. Ce sont des commerçants. C’est tout dire. Leur devoir est nous tondre à rien. Les journalistes de nous couvrir de merde. La couverture de fleurs horripile le lecteur. La couverture de merde le fait jouir au sang. Méchanceté est Reine. Haine déesse – Pour ça que ça m’excède qu’on parle ou écrive de moi n’importe où en bien ou en mal. C’est tout kif. Ces réactions sont toujours ignobles et désastreuses. Je préfère qu’on me considère comme mort. C’est déjà beau comme mort d’être moins haï des vivants. Une amie m’écrit que dans «Ici Paris» on a fait passer un écho où je suis paraît-il particulièrement sadique ! «d’après des lettres écrites par moi à des amis» !!! Je ne sais rien de cette saloperie. Moi sadique ? Moi qui me traîne depuis des années dans l’angoisse et la misère et l’ennui et la maladie. Moi dont toute la passion est d’arracher des ¼ de sommeil grâce au véronal… Qui m’en suis toujours tant foutu des turlupinades du sexe ! me voilà sadique ! pas plus qu’alcoolique hélas ! Tous les oublis et griseries me sont bien refusés. Vieux buveur d’eau, vieil emmerdé, naturellement chaste j’ai toujours décrit toutes espèces de dévergonderies pour voir s’en esbaudir les singes humains que je méprise tant ! Comme ils mouillent bichent y croyent les sapajous ! En font-ils des pataquès avec 3 misérables secondes de reproduction ! Comédies et drames et bites partout ! L’immense rigolade ! […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.80-81, ©Gallimard 2009.

lundi 27 mars 2017

Nous bétail con...

Klarskovgaard Le 6 avril 1951,

« Ah fiston si tu penses que les éditeurs se fatiguent ! Ils vivent mon pote, c’est-à-dire qu’ils déconnent, bouffent, boivent, ronflent et baisent – et partent en voyages d’affoîres ! rien de plus, tous macs bien fainéants – le cerveau c’est un muscle malheureux – Ca s’atrophie vite et bien. Ils sont tous à zéro du cerveau – absolument incapables de travailler – L’atroce travail – C’est pour nous le travail, nous bétail con. Ils nous attendent.
Ils ont des « idées »… C’est encore un autre énorme genre de macs et bandits et atrophiés. Ces mecs à idéâââs ! les idéistes et les ideaaalistes !
Mais travailler c’est le contraire de vivre. C’est engraisser les macs. Je t’apprends rien – c’est triste – […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.373, ©Gallimard 2009.

vendredi 24 mars 2017

Comme Piaf tire ses chansons...

Meudon, 30 juillet 1952,

«[…] Ce qu’il y a : c’est que les éditeurs ont très bien pris leur parti de la voyoucratie libraire actuelle qui consiste à ne plus «suivre» un livre mais à tirer des «nouveautés» comme Piaf tire ses chansons – on épuise d’un seul service d’office ta nouveauté <2 ou 4 ans de boulot> et toi auteur TU PEUX CREVER…
Le public s’en fout l’éditeur s’en fout ! (plus les comptes d’auteur bien entendu) La qualité ne compte plus – Le libraire passe très très rarement commande – il risque : Aux services d’office il ne risque RIEN – CQFD – C’est pas sorcier […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.420, ©Gallimard 2009.

mercredi 22 mars 2017

Le micro commande...

Meudon 23/4/55,

«[…] Ce qu’il m’a semblé à propos de TSF. c’est qu’elle n’était pas au point, à savoir qu’il est grotesque d’espérer que le bonhomme va se conformer aux exigences de la machine c’est à la machine, putain de foutre sort, à se rendre esclave absolue du mec ! D’où d’ailleurs ce ton sempiternel abominable des émissions ! le micro commande ! le micro pense ! cent mille fois idiot ! […]»



Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.468-469, ©Gallimard 2009.

mardi 28 février 2017

Dans le pif...

Meudon Le Jeudi 25 juin 1953,

« Non J.J. Je ne vadrouille pas, et je ne vais jamais à Paris. Je ne vais que tous les soirs aux « commissions » - c’est un supplice, remonter de Billancourt, les patates, les carottes, la viande des bêtes, 2 Kil en remontée c’est dur, à 60 ans le battant en veut plus. Je réfléchis que je suis le seul de tous les potes et ennemis connus, après tant d’avatars, à m’appuyer ce rabiot d’épreuve. Ils s’arrangent tous en pleurnichant pour ne rien foutre – même les plus miteux, soi-disant. Tu me diras parce que tu es toujours astucieux : tu as en hauteur fraîcheur et somptueuse verdure. Non, j’ai les cheminées Renault dans le pif, dont l’usine des caoutchoucs. […]»

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.441, ©Gallimard 2009.

samedi 25 février 2017

C’est juste cochon...

Klarskovgaard Le 17 janvier 1951,

« Quant au sexe, mon dieu je l’ai trop en mépris vieux maquereau que je suis pour le lyriser, déifier comme ce brave confrère ! La reproduction seule me paraît grave : fabriquer un nouveau destin ! Oh là ça c’est terrible. Mais l’intromission d’un bout de barbaque dans un pertuis de barbaque j’ai jamais vu là que du grotesque, et cette gymnastique d’amour ! cette minuscule épilepsie ? Quels flaflas ! Je suis [pour] avec Lénine. C’est un bon choc biologique, mais pas chez le tuberculeux – certainement – assez fébricitant ainsi – C’est du petit suicide. Le mec qui bande pour moi tu vois, c’est un client. Son chou-fleur à deux mains qu’attend qu’on lui raconte une histoire ! l’a ! l’amour ! Pas plus con ! Le vagin tabernacle ! Ils m’écœurent ! Pas que je méprise la beauté des dames retiens ! de loin ! Je suis de la cuisse comme pas ! Grec (pas homo !) adulateur des Dianes ! fétichiste des danseuses ! Mais c’est le sentiment là-dedans que je trouve l’ignoble mélange ! pas à sa place du tout ! ah païen ! je mélange pas. Le coup de filer ses 10 cc de sperme dans une moule je vois pas la Prière ! le grave : le môme ! cela seul est grave – le reste c’est juste cochon – Pourquoi pas certes ! Mais sans blablas ! »

Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.340, ©Gallimard 2009.

dimanche 29 janvier 2017

Quel pauvre fatigué raté !

Klarskovgaard Le 7 mars 1949,


Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.161, ©Gallimard 2009.