[La fonction du livre est] de nous secouer et de nous éveiller, et de nous coller de force la face contre la réalité de l’homme et la réalité du monde. Hyvernaud.
Si j'étais riche, je sais bien ce que je ferais : j'achèterais la fôret de Compiègne, je ferais bâtir un mur autour, et alors je pourrais enfin pisser tranquille. Rudigoz.
On devrait prendre l’habitude de promener les nouveau-nés dans les allées des cimetières pour les habituer très tôt à leur véritable avenir. Sternberg.
mardi 7 mai 2019
dimanche 5 mai 2019
samedi 4 mai 2019
Romain Gary "enfin" à "La Pléiade" !
Je ne pensais pas voir ça de mon vivant... :)
La réalité n’est jamais aussi belle que le rêve d’une mère. Gary a connu d’éclatants succès, mais il a vu son œuvre se heurter à des réticences. La popularité de l’écrivain et sa reconnaissance n’ont pas marché du même pas. Ce n’est pas exceptionnel, et cela s’explique. Les obstacles à une consécration rapide étaient multiples. Le style de l’homme a pu en être un. La manière du romancier en fut un autre.
Gary a été un extraordinaire raconteur d’histoires et un inventeur de personnages en un temps, l’«ère du soupçon», où ces notions, l’histoire, le personnage, étaient réputées périmées. Or pour lui, le récit – l’histoire – n’est pas la part honteuse du roman. Mais c’est se tromper lourdement que de voir en lui, sous ce prétexte, un écrivain conventionnel. La mise en abyme dans Éducation européenne, la polyphonie des Racines du ciel, la voix narrative fantastique dans La Danse de Gengis Cohn, la dimension autofictionnelle de La Promesse de l’aube et de Chien Blanc, la temporalité dans Les Enchanteurs ou l’inventivité verbale et les dispositifs narratifs d’Émile Ajar ne sont pas précisément des signes de soumission au roman hérité du XIXe siècle. Encore faut-il, pour s’en aviser, ne pas passer à côté d’une prose qui mélange les genres, avoue ce qu’elle doit à la poésie et s’autorise toutes les libertés, à commencer par un humour qui a pu déconcerter autant qu’il séduit, parce qu’il va de l’ironie la plus fine au grotesque le plus assumé. Cet humour n’est pas un ornement : il est fondamental. D’une part, il conjure la tentation de l’idéalisme ; de l’autre, il permet de «désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus».
Le réel, voilà l’ennemi. Gary l’appelait «la Puissance». Il a plusieurs visages : guerre, bêtise, vieillissement, solitude… Gary est sensible au tragique de l’Histoire et au malheur des hommes. Ça l’agace : «J’ai tout le temps mal chez les autres.» L’humour est donc une défense. L’imaginaire, un refuge. «Nourris de ce siècle, jusqu’à la rage», les livres de Gary ne sont pas des romans historiques. Ancrés dans l’imaginaire autant que dans l’Histoire, ils relèvent de la «mystique» littéraire de l’aventure qu’ont illustrée, avant lui, Kessel, Cendrars, Saint-Exupéry, et Malraux bien sûr. Cette conception de l’aventure n’est pas de celles qui produisent une littérature populaire de grande diffusion : elle engage une réflexion sur la condition humaine.
L’aventure et l’imaginaire luttent aussi contre une forme particulière de réalité, l’identité. Chez Gary, le je est une clôture, un piège. Ce qu’il y a de permanent dans son identité l’exaspère. Il lui faut s’évader, courir le monde, muer comme un python, se «séparer un peu de [s]oi-même», changer d’identité et vivre d’une vie pseudonyme, au risque de s’y brûler. «L’aventure Ajar» est bien connue, mais on y a souvent vu une imposture. C’était autre chose : l’affirmation des pouvoirs de la fiction, et un défi lancé aux «lois de la nature», qui mènent à la mort.
SourceUn mystificateur de génie...
vendredi 3 mai 2019
J'ai tout usé en moi et autour de moi...
Mariez-vous en hiver. A l’époque des canicules, vous auriez moins de plaisir à vous serrer l’un contre l’autre.
Les mots «éternuer» et «éternité» ont la même origine ; mais je ne sais vraiment pas pourquoi.
Comme un penseur obscur l’a remarqué, les grandes distances existaient bien avant l’invention du kilomètre.
Cinq cents après l’invention de l’imprimerie, la plupart des gens sont incapables de s’essuyer les pieds au moment d’entrer dans un appartement.
J’aime énormément la vie. Mais, pour jouir du spectacle, il faut avoir une bonne place. Sur la terre, la plupart des places sont mauvaises. Il est vrai que les spectateurs ne sont en général pas très difficiles.
Notre coeur n’est pas le thermos parfait qui conserverait jusqu’à la fin, sans rien en perdre, l’ardeur de notre jeunesse.
Ceux qui prennent trop au sérieux la Vérité qu’ils croient posséder et dont ils veulent à tout prix assurer la victoire, deviennent des assassins. Le scepticisme est le bon remède contre le fanatisme. Les cerveaux humains sont encore plus précieux que les formules qu’ils élaborent.
Le Chef de gare est un malheureux qui ne voit que des gens qui partent. Il en voit même qui arrivent, direz-vous. Sans doute, mais ceux-là ne restent pas à la gare : ils s’en vont aussi.
Sachons goûter le bonheur de partir, même quand nous sommes sûrs de ne jamais arriver.
Depuis que l’instruction a été rendue obligatoire, le nombre de ceux qui du haut d’une tribune débitent de retentissantes âneries a beaucoup augmenté. Et, malheureusement, il nous est souvent difficile de ne pas entendre ce qui se dit. Ah! qu’il serait bon, dans bien des cas, de pouvoir abaisser sur nos tympans des paupières invisibles!
Ce n'est pas en posant aux écoliers, pendant des années, des questions qui n'admettent qu'une seule réponse acceptable, qu'on affine leur esprit et qu'on leur enseigne la tolérance.
Je n'ai plus peur de l'avenir depuis que j'ai caché dans les ressorts de mon lit un revolver chargé.
La vieillesse ne sert à rien. Si j'avais créé le monde, j'aurais mis l'amour à la fin de la vie. Les êtres auraient été soutenus, jusqu'au bout, par une espérance confuse et prodigieuse.
Ce serait déjà une bonne école, celle-là où, chaque jour, pendant quelques minutes, l'enfant serait émerveillé ou, simplement, étonné par ce qu'on lui révèle. Il y a un âge où l'on s'étonne facilement.
Ce qui occupe presque toute la place dans une vie humaine, ce sont les besognes quotidiennes et monotones, ce sont les heures où l'on attend, ces heures où rien n'arrive. L'homme normal est celui qui sait végéter.
J'ai tout usé en moi et autour de moi ; et cela est irréparable.
Je n'ai plus peur de l'avenir depuis que j'ai caché dans les ressorts de mon lit un revolver chargé.
La vieillesse ne sert à rien. Si j'avais créé le monde, j'aurais mis l'amour à la fin de la vie. Les êtres auraient été soutenus, jusqu'au bout, par une espérance confuse et prodigieuse.
Ce serait déjà une bonne école, celle-là où, chaque jour, pendant quelques minutes, l'enfant serait émerveillé ou, simplement, étonné par ce qu'on lui révèle. Il y a un âge où l'on s'étonne facilement.
Ce qui occupe presque toute la place dans une vie humaine, ce sont les besognes quotidiennes et monotones, ce sont les heures où l'on attend, ces heures où rien n'arrive. L'homme normal est celui qui sait végéter.
J'ai tout usé en moi et autour de moi ; et cela est irréparable.
Henri Roorda.
mercredi 1 mai 2019
1er Mai - Fête du Travail
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| (c)Marsault |
"Il me semble à tout bien peser que 35 heures c’est maximum par bonhomme et par semaine au tarabustage des usines, sans tourner complètement bourrique.
Y a pas que le vacarme des machines, partout où sévit la contrainte c’est du kif au même, entreprises, bureaux, magasins, la jacasserie des clientes c’est aussi casse-crâne écoeurant qu’une essoreuse-broyeuse à bennes, partout où on obnubile l’homme pour en faire un aide-matériel, un pompeur à bénéfices, tout de suite c’est l’Enfer qui commence, 35 heures c’est déjà joli."
Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux Draps, 1941.
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