samedi 11 mars 2017

Quand il nous reste tant d’êtres à décevoir...

Emil Cioran
“ Je ne vis que parce qu’il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semblera : sans l’idée du suicide, je me serais tué depuis toujours. ”

“ On cesse d’être jeune au moment où l’on ne choisit plus ses ennemis, où l’on se contente de ceux qu’on a sous la main. ”

“ Voulez-vous multiplier les déséquilibrés, aggraver les troubles mentaux, construire des maisons d’aliénés dans tous les coins de la ville ? Interdisez le juron. Vous comprendrez alors ses vertus libératrices, sa fonction thérapeutique, la supériorité de sa méthode sur celle de la psychanalyse, des gymnastiques orientales ou de l’Église, vous comprendrez surtout que c’est grâce à ses merveilles, à son assistance de chaque instant que la plupart de nous doivent de n’être ni criminels ni fous. ”

“ J’ai perdu au contact des hommes toute la fraîcheur de mes névroses. ”

“ De toutes les calomnies la pire est celle qui vise notre paresse, qui en conteste l’authenticité. ”

“ Le désir de mourir fut mon seul et unique souci ; je lui ai tout sacrifié, même la mort. ”

“ Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d’êtres à décevoir ? ”

Emil Cioran, Syllogismes de l'amertume, Folio, 1952.

vendredi 10 mars 2017

Jules Renard - Journal (1887-1910)

“ Il faut que l'homme libre prenne quelquefois la liberté d'être esclave. ”

“ N'être pour soi pas trop sévère, et n'exiger des autres que la perfection. ”

“ Il n'y a qu'une chose qui me gênerait : c'est mon propre mépris ; mais, matériellement, je ne peux pas me cracher à la face. ”

“ Il garde son chapeau à cause des rhumes, l'ôte souvent par politesse, et le remet tout de suite par prudence. ”

“ Analyser un livre ! Que dirait-on d'un convive qui, mangeant une pêche mûre, en retirerait les morceaux de sa bouche pour voir ? ”

“ Renoncer absolument aux phrases longues, qu'on devine plutôt qu'on ne les lit. ”

“ Il faut dompter la vie par la douceur. ”

“ Oscar Wilde déjeune à côté de moi. Il a l'originalité d'être Anglais. ”

“ Pourquoi, en latin quotquot ne signifie-t-il pas le chant d'une poule ? ”

“ L'ironie est la pudeur de l'humanité. ”

mercredi 8 mars 2017

Une occupation d’insecte...

Emil Cioran
“ En vieillissant on apprend à troquer ses terreurs contre des ricanements. ”

“ Ne me demandez plus mon programme : respirer, n’en est-ce pas un ? ”

“ La meilleur manière de nous éloigner des autres est de les inviter à jouir de nos défaites ; après, nous sommes sûrs de les haïr pour le reste de nos jours. ”

“ On ne découvre une saveur aux jours que lorsqu’on se dérobe à l’obligation d’avoir un destin. ”

“ Plus encore qu’une réaction de défense, la timidité est une technique, sans cesse perfectionnée par la mégalomanie des incompris. ”

“ Lorsqu’on n’a pas eu la chance d’avoir des parents alcooliques, il faut s’intoxiquer toute sa vie pour compenser la lourde hérédité de leurs vertus. ”

“ Quand vous subissez la tentation du Bien, allez au marché, choisissez dans la foule une vieille, la plus déshéritée, et marchez-lui sur les pieds. Sa verve excitée, vous la regarderez sans lui répondre, pour qu’elle puisse, grâce au frisson que donne l’abus de l’adjectif, connaître enfin un moment d’auréole. ”

“ Le mendiant est un pauvre qui, impatient d’aventures, a abandonné la pauvreté pour explorer les jungles de la pitié. ”

“ Espérer, c’est démentir l’avenir. ”

“ Point d’action ni de réussite sans une attention totale aux causes secondaires. La « vie » est une occupation d’insecte. ”

Emil Cioran, Syllogismes de l'amertume, Folio, 1952.

mardi 7 mars 2017

lundi 6 mars 2017

On serait pépères...

"[…] Comme c’est vilain les hypocrites ! Pourquoi ils disent les Français qu’ils ont pas voulu la guerre ? Ils l’ont bel et bien voulue. Ils ont tous été derrière Daladier au moment de la Déclaration, tout autant que derrière Clemenceau, et puis après derrière Mandel et puis encore derrière Reynaud et puis derrière n’importe qui !… Cocorico ! 800 000 affectés spéciaux ! Et tous les écrivains avec ! et tous les journalistes avec ! Voici la simple vérité. 
Ils en voulaient pas de la guerre ? C’était bien simple, bien facile, ils avaient qu’à écrire une lettre chacun à leur député, qu’ils en voulaient pas de cette guerre, qu’ils en voulaient à aucun prix, sauf “casus belli” par l’Allemagne. Jamais on l’aurait déclarée. 
Ça leur coûtait chacun un franc. C’était vraiment de la bonne dépense et de la bonne démocratie. Je crois qu’on l’a sentie venir cette guerre, qu’on a été des plus prévenus, cent fois, mille fois plus qu’en 14 ! en toute connaissance de la cause ! À l’heure actuelle on serait pépères, dans la bonne vie, heureux et tout. La connerie a été donc faite, sciemment, délibérément, par une bande de cons. 
On aurait pas eu de prisonniers. On serait derrière notre belle armée, toujours redoutée, redoutable, derrière notre la Maginot intacte, on attendrait de faire les arbitres, on serait les caïds de l’Europe, adulés, respectés, pelotés, tout. […]"

Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux Draps, 1941.